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Le Sénégal en état de choc après le naufrage du "Joola"

 


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Le naufrage du " Joola " a fait 1.953 victimes

Seulement 64 personnes ont pu être sauvées

L'angoisse dans l'attente de nouvelles des proches au port de Dakar

Le matin du vendredi 27 septembre 2002, le Sénégal reçoit comme un coup de massue la nouvelle matraquée par la radio du chavirement dans la nuit du bateau " Le Joola " au large des côtes de la Gambie.

Avec angoisse et consternation des centaines de personnes se sont rassemblées au port de Dakar pour chercher des nouvelles de leurs proches qui se trouvaient à bord du bateau.

Aucune autorité ne s’est déplacée vers les familles présentes au port toute la journée, certaines y ont même passé la nuit.



Colère de tout une région A Ziguinchor en Casamance, c'est le lendemain du naufrage vers 10h que la nouvelle de la catastrophe est arrivée par l'intermédiaire de la radio. L'embarcadère et la capitainerie du port ont vite été envahis par des centaines de personnes.

Vers midi la confirmation du naufrage du "Joola" par la Premier Ministre Mame Madior Boye et l'annonce du premier bilan estimé à 41 morts repêchés et 32 rescapés a été accueillie par un dramatique concert de pleurs et de cris.

La gendarmerie a due évacuer l'embarcadère pleins d'hommes et de femmes en larmes.



L'attente de nouvelles ... Le samedi matin après la consternation c'est la colère qui s’installe. Certains accusaient les autorités d'avoir remis en marche " Le Joola " alors qu'il n'était pas encore au point techniquement. Beaucoup de questions sans réponse, où en étaient les secours ? Combien de survivants ? Que c’est-il vraiment passé ? …

A dakar le samedi après-midi des milliers de parents, amis et simples citoyens se sont rassemblés devant les grilles du Palais Présidentiel pour exprimer leur colère et demander au Chef de l'Etat des explications sur la catastrophe et les secours.


Le président Abdoulaye Wade Le Président Abdoulaye Wade est sorti de sa résidence pour leur promettre une enquête sur les circonstances de l'accident et surtout que les familles des victimes seraient indemnisées.




Suite à cette manifestation les familles se sont regroupées en association, pour défendre leurs intérêts, en créant le Collectif de Coordination des Familles des Victimes du " Joola " (CCFV-Joola)




Wade a décrété ce jour-là un deuil national de 3 jours à la mémoire des victimes. Tout le week-end ce deuil sera marqué par la mise en berne des drapeaux et l'interdiction des manifestations ludiques.




Pleurs et lamentations de tout un pays au port de Dakar






Dimanche 29 septembre devant la mairie de Dakar... A la mairie de Dakar et à l'Arsenal de la Marine plusieurs milliers de personnes se sont pressées tout le week-end pour obtenir des nouvelles de leurs proches et découvrir la liste des passagers.



... et au port les gens se pressaient à la recherche d'informations sur leurs proches




Pour procéder à l'identification des victimes les photos des corps repêchés sont affichées.
Les familles ont défilé devant des bureaux couverts de photos de noyés avec l'espoir, ou le désespoir, de reconnaître l'un des leurs ...



La douloureuse recherche de ses proches sur les photos des noyés ...





plusieurs milliers de personnes se sont pressées à la recherche d'informations
Beaucoup de mères en pleurs à la recherche de leurs enfants scrutaient les photos des visages tuméfiés.

Les familles qui ont perdu tout espoir de retrouver leurs proches en vie s'accrochent à celui de pouvoir récupérer leurs corps.

Difficile vu l'état des dépouilles qui rend leur identification quasiment impossible.







Cercueils des victimes ... Les corps repêchés de près de 200 victimes du naufrage ont été placés dans des containers frigorifiés dans l'enceinte de l'arsenal de la Marine. Des cercueils ont été préparés pour être montrés aux personnes qui ont reconnu un des leurs sur les photos.

Des corps que les familles viennent peu à peu récupérer, lorsqu'elles parviennent à les identifier.

Des messes de requiem ont été célébrées dans les églises de Dakar. Le 2 octobre des prières ont été dites par Sérigne Abdoul Aziz Sy Jr, au nom de tous les chefs religieux islamiques, et par l’Archevèque de Dakar, Monseigneur Théodore Adrien Sarr, sur le quai du port où sont entreposés les corps des victimes.



Le même jour à Dakar l'Amicale des étudiants de la Casamance a organisé une manifestation pacifique, un foulard noir autour de la tête en signe de deuil et des pancartes qui affichaient "Nous voulons la vérité, rien que la vérité !". A la Mairie, aprés avoir observée une minute de silence à la mémoire des victimes du naufrage, cette marche silencieuse a été dispersée par la police à coups de crosses et de grenades lacrymogènes ! ! ! …









Enterrements des nombreuses victimes



Cercueils des victimes ...
Début octobre 2002 le nombre définitif de victimes n'est pas connu, un recensement complet est en cours sur l'ensemble du pays.

Au total 551 morts et 64 rescapés ont été annoncés par les autorités sénégalaises. Seuls 93 corps ont pu être identifiés et remis à leurs familles.

L'idée émise par Abdoulaye Wade d'enterrer toutes les victimes non identifiables du naufrage dans des cimetières communs, mais avec chaque défunt dans une tombe, a reçu l'accord unanime de tous les chefs religieux.






Tombes des dépouilles anonymes dans le cimetière de Mbao
Les enterrements ont eu lieu dans de nouveaux cimetières spécialements aménagés.

A Kabadiou à 13 km de Kafountine près du lieu du drame 34 morts ont été inhumés.

A Kantene au sud de Ziguinchor d'où était parti " Le Joola " 41 morts ont été enterrés.

A Dakar, où le bateau devait arriver, l'enterrement de 139 corps de victimes non identifiées ont eu lieu en toute discrétion dans la nuit du 3 au 4 octobre 2002 au cimetière de la forêt de Mbao.

En Gambie 195 corps échoués sur ses côtes, à 30 km de Banjul sa capitale, ont été inhumés dans des tombes anonymes au cimetière de Bassori près de la frontière avec le Sénégal.









Funérailles nationales organisées le 11 octobre 2002 à Dakar


Des funérailles nationales à la mémoire des victimes ont été organisée le 11 octobre à l'Esplanade du Souvenir sur la Corniche Ouest de Dakar. La cérémonie présidée par Abdoulaye Wade a débuté par douze salves de canon, une pour chacune des régions du Sénégal et une autre salve pour les étrangers victimes du naufrage.



Funérailles nationales du 11 octobre à Dakar Des prières ont été dites selon différentes confessions religieuses et une cérémonie funéraire Diola a eu lieu.

L'archevêque de Dakar, Monseigneur Théodore Adrien Sarr a invité les Sénégalais au repentir '' pour toutes les responsabilités humaines du drame ''.
Serigne Abdou Aziz Sy Jr , au nom des chefs religieux musulmans, a demandé aux familles des victimes et à tous les Sénégalais d'accepter le drame comme '' un décret divin ''.
Un représentant casamançais a pris la parole en demandant en Diola au peuple Sénégalais de s'unir dans la paix.



Une oraison funèbre a été dite par le Ministre de la Culture qui a appelé, dans un discours très politique, les Sénégalais à cultiver un comportement nouveau " Le temps des remises en cause courageuses et des ruptures nécessaires est arrivé. L'heure est grave. Le naufrage du " Joola " doit marquer le sursaut de notre peuple ".


Douze couronnes de fleurs et des guirlandes, déposées par une centaine d'enfants, seront transportées par une vedette de la Marine nationale, accompagnée de 60 pirogues, jusqu'à l'épave du "Joola".



12 couronnes de fleurs déposées par les enfants et transportées vers l'épave du "Joola"





La cérémonie s'est terminée avec la sonnerie aux morts, suivie de 10 secondes de silence, puis par un refrain de l'hymne national du Sénégal.

Au même moment à Ziguinchor une cérémonie de funérailles a eu lieu à la Gouvernance, des prières ont été dites par les représentants des communautés musulmanes et chrétiennes.






Le bilan du naufrage du « Joola » s’élève à 1.953 victimes


La douloureuse identification de ses proches ... La liste des 1.034 passagers fournie par les autorités au lendemain du naufrage ne prennait en compte que les personnes ayant acheté un titre de transport.

Les enfants de moins de 5 ans n'ont pas été pris en compte par ces listes, pas plus que les passagers clandestins montés à bord sans billets, ni les militaires et les gendarmes qui ne payent pas et peuvent faire voyager gratuitement leurs parents et amis ... De plus à Ziguinchor des témoins affirment que des passagers ont achetés des billets mais ne figurent pas sur les listes, une anomalie qui pourrait provenir d'une vente parallèle de billets.

Le nombre réel de victimes a été très difficile à établir car des centaines de corps n'ont pu être récupérés à l'intérieur de l'épave.

Le 3 février 2003, le Premier Ministre Idrissa Seck a prononcé sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée Nationale du Sénégal. Lors de ce discours radio-télévisé il a annoncé que le dernier bilan officiel du naufrage du " Joola " s’élevait à 1.863 victimes. Sur ces 1.863 victimes, 1.143 sont présentes sur la liste des passagers, 458 n’y figurent pas et 262 font l’objet de déclarations insuffisantes et sujettes à vérification.





> Liste officielle des 1863 victimes du naufrage du Joola






La douloureuse recherche de ses proches sur les listes des passagers



La liste officielle de 1.863 victimes est erronée car de nombreuses familles se sont déclarées bien après sa parution. Dans un premier temps certaines familles ont refusé de donner les noms de leurs parents et d'autres ont hésité à recevoir une indemnisation en dédommagement.

Le 8 mai 2003, le CCFV-Joola a annoncé un nouveau bilan qui s’élève à 1.953 victimes. Ce recensement a été obtenu, avec l’aide d’experts étrangers, par le recoupement des listes des préfectures et du port de Dakar, ainsi que des 47 listes fournies par les associations régionales de familles de victimes.
Sur 1.953 victimes il y a 1.201 hommes ( 61,5 % ) et 682 femmes ( 34,9 % ) et 70 victimes ( 3,6 % ) sont de sexe non déterminé. Outre le Sénégal et surtout la Casamance les victimes sont aussi originaires de 11 nationalités étrangères, 26 Bissau-guinéens, 20 Français et des Espagnols, Ghanéens, Néerlandais, Suisses, Belges, Camerounais, Norvégiens, Libanais et Nigériens.



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