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Collectif de Coordination des Familles des Victimes

 


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Le 28 septembre 2002 les parents et amis des victimes se sont rassemblés devant le palais présidentiel à Dakar pour exprimer leur colère et demander aux autorités des explications sur cette catastrophe. Suite à cette manifestation spontanée les familles se sont regroupées en association pour défendre leurs droits, le Collectif de Coordination des Familles des Victimes du "Joola" (CCFV-Joola).


Siège du CCFV-Joola à Dakar


Les membres du CCFV-Joola ont effectué un travail apprécié par tous dans la cellule de crise avec les ministres, la commission d’identification des victimes, la commission sociale, la commission d’enquête technique approfondie ...

Pendant la première semaine de la catastrophe, la plupart des membres du Collectif vont prendre une semaine de leurs congés pour se vouer totalement au service des familles des victimes et répondre à leurs sollicitations. Cette période très intensive d’activités prendra fin avec l’inhumation collective au cimetière de Mbao.

La demande des familles s’est ensuite déportée vers les problèmes administratifs et déclarations de décès. Un Comité d'Assistance Juridique constitué d'avocats bénévoles a été formé pour assister et conseiller les familles des victimes à la constitution des dossiers d'indemnisation et de les représenter dans la négociation avec l'Etat.



Marche de solidarité du 14 décembre 2002


Parents de victimes qui manifestaient contre l'oubli ... Le 14 décembre à Dakar une marche de solidarité avec les victimes et familles de victimes du "Joola" a été organisée par le Collectif de Coordination des Familles des Victimes (CCFV-Joola) avec le Comité d'Initiative des Intellectuels Sénégalais (CIIS), le Collectif des Etudiants Casamançais, l’Organisation Nationale des Droits de l'Homme (ONDH), la Rencontre Africaine pour la Défense de Droits de l'Homme (RADDHO), SOS consommateurs , l'Institut Panos pour l'Afrique de l'Ouest (IPAO) , le Réseau Africain pour un Développement Intégré (RADI) …

Plusieurs centaines de personnes manifestaient contre l'oubli de la tragédie, pour marquer l’indignation dans la manière dont l’État Sénégalais gère l'après naufrage du "Joola", pour l’indemnisation rapide des victimes et pour exiger vérité, justice et réparations.

La marche, avec un grand tableau représentant " Le Joola " en tête de cortège, est partie le matin du siège du CCFV-Joola, avenue Lamine Guèye, pour rejoindre le port.





Tableau représentant le naufrage du Joola






1 mn de silence et des fleurs jetées à la mer Vers midi, sur le quai où l'on embarquait sur "Le Joola" des prières ont été prononcées, par des prêtres et des imams, à l'intention des victimes du naufrage.

Une minute de silence a été observée et des fleurs jetées à la mer par des veuves et des orphelins.

La marche devait se terminer à l’Assemblée Nationale en passant par le Palais Présidentiel où le cahier des doléances des familles des victimes et un document décrivant un processus d’indemnisation devaient être remis au Chef de l’Etat et aux députés. Mais elle a été arrêté à la hauteur de la gare par les policiers pour empêcher les familles des victimes et les étudiants Casamançais de se diriger vers la présidence.





Les incidents ont commencés devant la gare Des incidents ont commencés à 13h devant la gare quand les forces de l'ordre ont lancé des grenades lacrymogènes aux manifestants qui ont répondu par des jets de pierres et de bouteilles.



Manifestant arrêté devant la gare










3 personnes ont été blessées, dont un caméraman de télévision tabassé par la police, et plusieurs manifestants ont été intoxiqués par les gaz lacrymogènes.





Guy Aris Ndouye le porte-parole du CCFV-Joola arrêté par la police
Une dizaine de manifestants, dont Guy Aris Ndouye le porte-parole du CCFV-Joola et 8 autres membres du collectif, ont été arrêtés. Ils ont été libérés le soir même.

Le 16 décembre le CCFV-Joola, qui attend toujours d’être reçus par Wade pour lui remettre le cahier des doléances des familles des victimes, a tenu une conférence de presse pour dénoncer et condamner la violente répression de la manifestation et exiger des excuses de la police.

Le ministre de l’Intérieur, le Général Mamadou Niang, a déclaré le lendemain à l’Assemblée Nationale, qu’il regrettait l’issue de la marche mais que la police n’avait fait que son devoir : faire respecter la loi …







Doléances du Collectif de Coordination des Familles des Victimes proposées au Gouvernement

Face à la léthargie administrative et à la lourdeur procédurale qui portent atteinte aux intérêts des familles des victimes, le Collectif de Coordination des Familles des Victimes du Joola, en association avec le Collectif de Coordination des Etudiants de la Casamance et d’autres organisations associées, se remettent au Président du Sénégal en tant que premier magistrat de ce pays en lui transmettant cette présente revendication.

Ces revendications se présentent sous forme de doléances, mais aussi d’exhortation au chef de l’Etat d’honorer les engagements pris devant la nation au lendemain du naufrage, lors de sa visite à Ziguinchor en Casamance.




I LES DOLEANCES


A. Le remorquage du bateau

Le remorquage du bateau est une demande urgente et persistante des familles. Pour certaines d’entre elles c’est une question de respect des croyances, us et coutumes, en effet le non-remorquage de l’épave pour l’inhumation des restes humains qui s’y trouvent est une condition déterminante à l’observation du deuil et des cérémonies funéraires des personnes disparues. Ainsi la présence de l’épave dans les fonds marins heurte donc profondément certaines consciences religieuses. Pour d’autres familles la récupération des effets personnels de leurs parents dans l’épave reste leur seule consolation, faute de pouvoir retrouver les corps de ces derniers.

C’est pourquoi, il est important de remorquer l’épave en surface pour que les restes des ossements et des objets divers puissent être respectivement ensevelis et récupérés.
Enfin ce remorquage permettra, comme l’avait promis le ministre de l’intérieur de faire de l’épave un monument pour la commémoration de la mémoire des victimes du naufrage.


B. La lumière sur le naufrage

Le rapport d’enquête sur les causes du naufrage du Joola a le mérite de susciter des interrogations notamment sur certains points. S’il fut regrettable de constater que certaines autorités administratives et militaires furent membres de la commission d’enquête, malgré l’opposition des représentants des familles de victimes, en ce que ces autorités devaient normalement être entendues comme témoins parce que leur qualité de membre de la commission ne contribue pas à l’éclatement de la vérité.

Il n’en demeure pas moins que les familles des victimes demandent toujours à être édifiées davantage sur les causes réelles du naufrage, l’organisation des secours et l’évaluation sans complaisance du déclenchement du plan ORSEC et un rapport détaillé de ce plan.


C. La poursuite de l’information judiciaire et la sanction des coupables

Le procureur de la République doit poursuivre l’information judiciaire sur les causes du naufrage ouverte afin de situer les manquements à tous les niveaux, pour que les coupables soient sanctionnés.
De même le procureur doit informer l’opinion et les familles de victimes de l’avancée du dossier.

Des sanctions administratives disciplinaires doivent aussi être prononcées à l’encontre des responsables du naufrage du navire.

Laissés impunis les auteurs désignés par le rapport d’enquête serait une offense à la mémoire des victimes et un acte de défiance à l’endroit des familles des victimes. C’est pourquoi l’exigence de la radiation du corps des armées du Chef d’Etat Major Général des Armées, du Chef d’Etat Major de l’armée de l’air, et de l’ex Chef d’Etat Major de la Marine Nationale formulée par les familles de victimes est on ne peut plus légitime.

De même il serait choquant de laisser le Directeur de la marine Marchande continuer à occuper ses fonctions au vu de son implication dans la survenance du naufrage.


D. Le recensement des personnes décédées et des personnes disparues

L’Etat doit user de ses prérogatives de puissance publique par le truchement de ses démembrements administratifs et judiciaires pour procéder à un recensement effectif (le plus exhaustif possible) des victimes du naufrage. L’Etat doit en outre produire des statistiques dans lesquelles toutes les informations requises seront disponibles.


E. La prise en charge effective des rescapés

Les rescapés méritent une attention particulière des pouvoirs publics. Ils doivent être pris en charge matériellement et psychologiquement.

Les ministres concernés doivent à cet effet recueillir et satisfaire leurs doléances. Il est regrettable de constater que l’Etat ne s’est intéressé au sort de ces personnes que deux mois après le drame.


F. Accélération de la procédure administrative et gratuité des documents administratifs nécessaires à l’indemnisation.

La procédure devant aboutir à l’obtention des différentes pièces administratives pour l’indemnisation est compliquée et onéreuse. La création d’un bureau unique qui traite tous les dossiers administratifs est vivement recommandée.

Par ailleurs, il est souhaitable que les prestations liées à la constitution des dossiers administratifs soient gratuites pour toutes les familles des victimes. Il est difficile pour les familles dans la plupart des cas de perdre leur soutien de famille et de devoir débourser de l’argent pour les formalités.


G. Ouverture de concertations franches sur l’indemnisation avec les représentants des familles des victimes

L’ouverture d’une concertation franche avec l’association des familles des victimes est une mesure urgente qui va permettre de gagner du temps pour résoudre les différents cas.

A cet effet, nous vous soumettons un document de proposition intitulé "Processus de règlement des questions liées à l’indemnisation" qui est une méthode pour traiter les affaires liées à l’indemnisation.


H. Aménagement et entretien des cimetières collectifs et érection d’un mémorial national des victimes du naufrage

Par respect pour nos morts, il est important que les cimetières collectifs bénéficient d’un entretien particulier avec la construction de murs pour délimiter les sites.

Des mémoriaux devront être érigés quelque part en Casamance et à Dakar. Ils constitueront ainsi des sanctuaires de pèlerinage et aussi une invite permanente à la conscience collective des sénégalais de lutter contre la négligence, le laxisme et la cupidité pour que pareille catastrophe ne se reproduise plus.


I. Le contrôle systématique des comptes nationaux et internationaux ouverts au profit des familles des victimes

Au lendemain du naufrage, des personnes ont ouvert çà et là des comptes pour soulager les familles des victimes. Nous aurions souhaité que les fonds récoltés reviennent de droit aux familles.

L’Etat doit procéder à une vérification de ces comptes en s’assurant que l’argent versé est destiné aux familles. Il est important que la gestion des collectes de fonds bancaires se fasse avec les représentants des familles pour plus de transparence.





II L’Exécution des engagements pris par le Chef de l’Etat.

Le collectif de coordination des familles des victimes tout en se conformant à son idéal qui consiste à défendre les intérêts matériels et moraux des familles des victimes attend de vous la réalisation des promesses tenues publiquement suite au naufrage du Joola.

Ainsi, le collectif voudrait revenir sur ces engagements :


A. L’accord d’un statut spécial aux étudiants de la Casamance

Considérant que les étudiants et les élèves ont payé le plus lourd tribut dans cet accident, il est donc souhaitable qu’une compensation se fasse en prenant en charge les étudiants casamançais régulièrement inscrits dans les différentes facultés et écoles du pays.

Ceci se traduirait par :
- l’octroi de bourses nationales ou étrangères en priorité pendant un certain nombre d’années.
- l’hébergement des étudiants casamançais dans les cités universitaires.


B. L’implantation d’une université régionale et non d’un centre universitaire régional (C.U.R)

Cette demande est d’une urgence capitale pour les familles dans la mesure où il est arrivé que des étudiants reviennent au bercail pour des problèmes de logements ou de conditions déplorables de tutelle.

C’est pourquoi nous lançons un appel aux pouvoirs publics pour un plan d’urgence en Casamance qui prendrait en charge tous les problèmes économiques, éducatifs, sociaux, etc ...


C. L’ouverture d’une liaison maritime performante

Ceci est très important pour désenclaver la région. C’est la priorité des priorités dans la mesure ou la voie routière est défectueuse et pose énormément de problèmes de sécurité, en plus des tracasseries que subissent les voyageurs en Gambie.

La liaison maritime est incontournable pour le transfert de marchandises et le déplacement des citoyens du Sud vers le Nord du Sénégal. Cette liaison maritime est d’autant plus indispensable qu’elle contribue à la continuité du territoire national.


D. La prise en charge des orphelins du naufrage

Le chef de l’état a promis d’en faire les pupilles de la nation. Une très bonne chose, mais il va falloir les recenser et définir le concept de pupilles de la nation, prendre un décret d’application.

Il serait souhaitable que les entreprises de la place participent à la prise en charge de ces orphelins jusqu’à leur majorité.





III Le désenclavement de la Casamance

Le désenclavement de la région doit être une priorité nationale eu égards aux problèmes sécuritaires multiples que traverse la région depuis deux décennies. La Casamance a toujours souffert de son isolement.

L’Etat doit instaurer une politique de désenclavement de la région en mettant sur pied :

- une liaison maritime Dakar – Carabane –Ziguinchor avec deux navires qui assureront la traversée de manière continue avec toutes les garanties de sécurité.

- une politique routière de rénovation des principaux axes menant au Sud du Sénégal par la région de Tambacounda, mais aussi par la transgambienne sous réserve de discuter avec les autorités gambiennes pour voir comment rendre la circulation fluide.

- Une politique de desserte aérienne avec des prix abordables.

- Une politique ferroviaire devant aboutir à la création d’un axe Dakar –Tambacounda – Ziguinchor par le rail.

En somme l’Etat doit penser à la construction d’ouvrages publics tels qu'une université, des grandes écoles de formation et autres structures économiques qui puissent retenir les jeunes dans la région.





Mausolée à la mémoire des victimes du Joola





L’Etat a étouffé les revendications des familles en se débarrassant du CCFV-Joola

Le 5 mars 2003 lors d'un comité interministériel, l'Etat a décidé de la création d’une association nationale des familles des victimes. Cette association aura son directoire basé à Ziguinchor et une permanence à Dakar.

Le CCFV-Joola a réagi vivement en dénonçant les basses manœuvres qui ont été à la base de la naissance en catimini de cette association fantoche. S'adressant au gouvernement, le Collectif tient à préciser que ce qu'attendent les familles de l’Etat n'est en aucun cas de conduire manu militari dans des voitures de police certains représentants des familles de victimes à un conseil interministériel pour y créer, séance tenante et dans la surprise, une supposée association nationale. Il n’accepte pas l’ingérence de l’État dans les associations des familles des victimes : "On n’a jamais vu un État créer une association de familles à la suite d’un drame de la nature du Joola".

Le CCFV-Joola exige des poursuites judiciaires contre tous ceux qui ont une part de responsabilité dans le naufrage et qui étaient en place en septembre 2002. Les chefs d'état-major de l’Armée et de la Marine, le Général Babacar Gaye et le Capitaine Ousseynou Combo, et les ministres des Transports et des Forces Armées. Plus de cinq mois après le naufrage du "Joola" aucun de ceux qui ont une part de responsabilité dans la mort de 1.863 personnes n’a été ni inculpé ni traduit en justice. Une choquante impunité, d'autant que deux des responsables présumés de ce naufrage ont été déjà réhabilités. Youba Sambou le ministre démissionnaire des Forces Armées a été nommé président du Cosec, et Youssoupha Sakho le ministre démissionnaire des Transports est un des conseillers du président Wade. Le CCFV-Joola réclame aussi le remorquage de l'épave pour récupérer les corps, car sans eux certaines familles n'ont toujours pas organisé de funérailles.


Le 26 mars 2003 le Général Mamadou Niang, Ministre de l’Intérieur, a officiellement dissous le CCFV-Joola.
Son président, Guy Aris Ndouye, et l’avocat du collectif Me Ousmane Seye rejettent cette dissolution qui est une décision politique nulle et non avenue et même illégale : "Le ministre de l’Intérieur ne peut pas dissoudre une association à moins qu’elle soit créée par voix de décret. Seule l’assemblée générale est habilitée à dissoudre le collectif".

Les associations de défense de droits de l'Homme ont dénoncé la dissolution du CCFV-Joola. Pour la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l'Homme (RADDHO) cette décision de l'Etat est illégale, inopportune et constitue une menace de restriction des libertés fondamentales. Et l'Organisation Nationale de Défense des Droits de l'Homme (ONDH) estime que cette dissolution par voie réglementaire est une atteinte à la liberté d'association.


C’est dans l'optique de défense des intérêts des familles des victimes que s’est engagé le CCFV-Joola, qui a vu le jour dès le lendemain de cette catastrophe de manière spontanée. Depuis cette date, passant par maintes tribulations, le Collectif s’est raffermi et a étendu sa base dans tout le Sénégal, en gardant des relations privilégiées avec les familles des victimes étrangères, et en collaborant de manière étroite avec toutes les organisations de la société civile qui de manière responsable et indépendante apportent leur pierre à l’édification d’un Sénégal juste et ayant une égale considération pour tous ses citoyens.

Le CCFV-Joola a été à l’origine de la presque totalité des exigences formulées sur le naufrage du " Joola " auprès des plus hautes autorités de ce pays. Ces exigences jugées responsables et adéquates ont d’ailleurs été acceptées par le chef de l’état dans l’après-midi du 28 septembre 2002. Depuis cette date, le collectif a abattu un énorme travail, mais a subi différentes menaces et calomnies, entendu à plusieurs reprises par la police et même attaqué aux grenades lacrymogènes. Rien de cela ne l’a arrêté dans ses activités en faveur des familles des victimes.



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